LOUIS DE FOIX

Horloger, Ingénieur, Architecte de quatre Rois

La vie de Louis de Foix est un roman. Son oeuvre est un chef-d’œuvre. Il se nomme Cordouan, cette "huitième merveille du monde" édifiée à la fin du XVI ème siècle pour éclairer la route des bateaux à l'entrée et à la sortie dangereuses de la Gironde ou "rivière de Bordeaux ".

Il faut découvrir et visiter cet admirable phare du milieu des eaux pour mesurer la démesure du projet de Louis de Foix et l'ambition de ses maîtres successifs : Henri III, le dernier roi Valois, et Henri IV, le premier roi Bourbon. Pour une fois voilà réunis, dans un monument qui défie le temps, les deux beaux-frères ennemis, seulement réconciliés à partir de 1589 dans la lutte sans merci qui les oppose aux ligueurs et au roi d'Espagne, Philippe II. Or c'est lui justement qui, dans les premières années de son règne, fut le premier maître de Louis de Foix.

Des mécanismes de l'horlogerie aux grands chantiers de l'Escorial Louis de Foix fait son apprentissage sur le tas, quitte à prêter main forte et doigts agiles à la machinerie diabolique qui livre l'infant Don Carlos, le cruel, à son père Philippe II, plus inhumain encore ou plus raffiné dans la cruauté. Sa vie, d'abord, sa carrière, ensuite. Parmi ces grandes entreprises, notons la nécessaire domestication des vagabondages de l'embouchure de l'Adour, tourments pour les habitants de Bayonne et l'avenir de leur port. Les obstacles techniques et financiers étant à la mesure de l'enjeu. Tâche immense, précisément décrite dans cet ouvrage, avec la répétition des difficultés qui attendent Louis de Foix. Ce succès bayonnais apporte à Louis de Foix gloire et renommée au point de le désigner comme un réparateur des injustices de la nature dans les provinces du royaume. Dans ces conditions, Louis de Foix ne pouvait que s'enthousiasmer pour le projet de reconstruction de la tour de Cordouan dont l'extrême solitude pouvait être une garantie de sécurité, n'en déplaise aux éléments qui s'y déchaînent.

Le dernier combat de Louis de Foix pouvait commencer à la suite de la signature du contrat de construction en 1584. Rien ne lui est épargné au moment où l'âge le freine dans ses activités et où les ligueurs resserrent leur emprise sur les villes riveraines de l'estuaire de la Gironde. Même la peste se met de la partie tandis que le manque d'argent oblige Louis de Foix à des prouesses qui ne font plus illusion à ses créanciers. Pourtant, le chantier continue de progresser contre vents et marées comme le prouvent de nombreuses descriptions techniques contenues dans l'ouvrage. Il faut les lire, les relire et se les représenter pour donner forme et vie à l’oeuvre tellement audacieuse et harmonieuse de l'ancien horloger de Philippe II. Quand il meurt, en 1603 ou 1604, son fils lui succède quelques temps pour achever l'ouvrage. Mais, déjà, le phare fonctionne, digne successeur de celui d'Alexandrie et objet, comme lui, de l'admiration sans borne des contemporains. Aujourd'hui restauré et préservé, Cordouan mérite que soit connu celui qui l'a fait sortir des flots au péril de sa renommée, de sa fortune et de sa vie.

Extraits de la préface d'Anne-Marie Cocula Président de l'Université de Michel de Montaigne-Bordeaux.